Historical Materialism Paris 2025 – Communiqué du comité d’organisation
Historical Materialism Paris 2025 « Conjurer la catastrophe », c’est fini ! Durant trois jours, le colloque a réuni à l’Université Paris-Dauphine plus de 1 200 participant·es (dont près de 450 panélistes) venu·es de France mais aussi d’Italie, des États-Unis, de Turquie, d’Allemagne, d’Argentine, de Grèce, du Royaume-Uni ou encore du Canada, sur des sujets aussi variés que les théories marxistes, l’économie politique, le travail, les classes sociales et les dynamiques d’exploitation, le syndicalisme et l’activité politique des travailleuses et des travailleurs, la culture, les dominations et oppressions de genre et de race, les luttes féministes, queer et trans, sur les lieux de travail.
Nous remercions chaleureusement toutes celles et ceux qui ont contribué à la réussite de ces journées, en y présentant leurs travaux, leurs expériences militantes, les ouvrages qu’ils et elles éditent ou qui, tout simplement, sont venu·es écouter, se former, discuter.
Nous sommes fier·es d’avoir construit ce cadre de débats intellectuels auquel se sont joint·es des centaines de personnes, extérieures au monde académique, militant·es ou simples curieux·ses en recherche d’idées pour comprendre et lutter face à la montée des forces réactionnaires, des militarismes et des catastrophes causées par le système capitaliste. Il est rare que de tels événements aient lieu, où peuvent dialoguer théorie et pratique, les deux piliers de la pensée et de la recherche marxiste.
Force est pourtant de constater que cela n’a pas plu à tout le monde. Une semaine avant le début du colloque, la Présidence de l’Université Paris-Dauphine a menacé le colloque d’interdiction à moins que nous acceptions d’enlever du programme les militant·es des Soulèvements de la Terre, de l’Action Antifasciste Paris-Banlieue, ainsi que Houria Bouteldja. Cette demande faisait suite à une campagne de diffamation et de pression sur les réseaux sociaux de la part de militant·es sionistes et d’extrême-droite, relayée notamment par l’UNI Dauphine.
Le comité d’organisation a refusé de céder à cette tentative de censure, que nous avons dénoncée dans un courrier adressé à la Présidence de Paris-Dauphine. Nous avons déployé beaucoup d’efforts, dans l’urgence, afin de permettre à toutes les personnes prévues au programme de s’exprimer, tout en garantissant la bonne tenue de l’intégralité du colloque. Des responsables syndicaux au sein de la Bourse du Travail de Paris, où devaient se tenir deux plénières et un panel, ont refusé à leur tour que Houria Bouteldja y intervienne, ce qui a occasionné d’autres annulations sur lesquelles nous sommes revenues dans un précédent communiqué. Nous redisons ici que nous nous dissocions du choix de ces responsables syndicaux et que nous défendons la nécessité d’un débat démocratique, ouvert, qui inclut toutes les sensibilités et les courants des mouvements sociaux et antiracistes.
Nous dénonçons fermement l’attitude de la Présidence de Paris-Dauphine qui a cédé à la pression de l’extrême-droite et au climat autoritaire plus largement. Il est scandaleux qu’une présidence s’autorise à intervenir sur le programme d’un colloque organisé par des universitaires, au mépris de la liberté académique et de la liberté d’expression en général. On voit à quel point nous ne sommes ni protégé·es ni immunisé·es contre la montée des courants réactionnaires qui, dans de nombreux pays, s’en prennent aux universités et à la recherche scientifique.
Fort·es de leur coup de pression, des militant·es du groupuscule Les Natifs se sont même senti·es légitimes à manifester devant l’université, samedi 31 juillet, instrumentalisant de façon abjecte le féminicide de Philippine. Ils ont laborieusement et pendant une poignée de minutes déployé une banderole, pour un coup de communication relayé par le média d’extrême-droite Frontières. Ce genre de happening, ainsi que les calomnies que l’UNI Dauphine a fait circuler sur ses réseaux, rappellent le mépris de ces personnes pour la recherche scientifique. Plus encore, nous sommes révolté·es par l’instrumentalisation du viol et du meurtre d’une jeune femme pour tenter de délégitimer une conférence.
Rien de tout cela n’est inéluctable. Le succès de cette première édition de Historical Materialism Paris l’indique : nous sommes nombreux·ses à considérer le marxisme, les pensées critiques et les luttes des opprimé·es et des exploité·es comme la perspective qui nous permettra de changer radicalement cette société.
La réussite de Historical Materialism Paris 2025 en appelle d’autres. Nous aurons l’occasion de communiquer à ce propos dans les mois à venir. D’ici-là, nous vous souhaitons à tou·te·s un bel été.
Le comité d’organisation d’Historical Materialism Paris